La Littérature des gens de peu -Chapitre 3-
La littérature des « Gens de peu »
-Chapitre 2-
Nous avons vu au chapitre précédent que la littérature des gens de peu désigne l’ensemble des textes qui représentent les classes populaires — ouvriers, paysans, employés modestes — ou qui émanent d’auteurs issus de ces milieux. Elle cherche à rendre visibles les vies ordinaires, souvent absentes de la littérature dominante, et à réhabiliter la dignité de ceux que la société marginalise.
Elle naît dans des contextes historiques et culturels bien particulier caractérisés, au XIXᵉ siècle par l’industrialisation et la montée du mouvement ouvrier qui génèrent les premiers grands récits réalistes et naturalistes sur le peuple (Zola, Vallès, Le Roy) ; au XXᵉ siècle par l’expression de voix populaires plus authentiques aux fortes dimensions autobiographiques et politiques (Guilloux, Recher, Sylvère) ; à la fin du XXᵉ et au début du XXIᵉ siècle par le renouvellement du genre avec une écriture sociologique et intime (Ernaux, Eribon, Louis).
La littérature des « Gens de peu » poursuit plusieurs objectifs et enjeux :
En conséquence, les caractéristiques principales de cette littérature peuvent se répartir comme suit :
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Domaine |
Description |
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Thèmes |
travail, pauvreté, honte sociale, famille, ascension ou rupture de classe, mémoire collective |
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Langue |
tension entre langue populaire et langue littéraire, recherche d’une authenticité du parler |
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Tonalité |
souvent sobre, pudique, engagée, parfois révoltée |
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Formes |
roman réaliste, récit autobiographique, témoignage, essai sociologique |
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Dimension |
à la fois intime (le “je”) et collective (une classe sociale) |
Notons quelques auteurs et œuvres représentatives
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Auteur |
Œuvre |
Apport |
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Émile Zola |
Germinal (1885) |
Le monde ouvrier et la lutte sociale |
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Jules Vallès |
L’Enfant (1879) |
Autobiographie d’un révolté issu du peuple |
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EugèneLe Roy |
Jacquou le Croquant (1899) |
Révolte paysanne et justice sociale |
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Louis Guilloux |
Le Sang noir (1935) |
Misère morale et sociale |
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Jean Recher |
Le grand Métier (1977) |
Témoignage poignant de Terre-Neuvas |
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Pierre Sansot |
Les Gens de peu (1991) |
Philosophie du quotidien populaire |
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Annie Ernaux |
La Place (1983), Les Années (2008) |
Mémoire de classe, filiation et honte sociale |
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Didier Eribon |
Retour à Reims (2009) |
Sociologie de la honte et retour aux origines populaires |
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Édouard Louis |
En finir avec Eddy Bellegueule (2014) |
Violence sociale et homophobie en milieu populaire |
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François Bon |
Paysage fer (2000) |
Monde ouvrier et désindustrialisation |
| Glen James Brown | Ironopolis (2018) | Cité ouvrière, crise de logements sociaux, misère sociale, roman polyphonique, |
Nous allons aborder successivement trois « problématiques » majeures qui concernent cette littérature des « gens de peu » :
Quelle place occupe la langue dans la représentation du monde populaire ?
En quoi écrire sur les “gens de peu” est-il un acte politique ?
Comment la littérature peut-elle donner la parole à ceux qu’on n’entend pas ?
(À suivre)
La littérature des « Gens de peu »
-Chapitre 1-
À propos de la sortie de Ferpent, soleil par terre, de Lionel-Édouard Martin, un auteur dont la langue savoureuse qui fait penser à celle de Céline ou de Giono, nous laisse entendre parler les « Gens de peu » de leur vie modeste quotidienne mise en valeur par le sens du détail et le relief de la langue pleine d’humanité chaleureuse. Ce texte magnifique compose avec celui de La Vieille au buisson de rose (en réimpression) et de Nativité cinquante et quelques un triptyque inoubliable.
L’expression « littérature des Gens de peu » désigne un ensemble d’écrits qui s’intéressent aux classes populaires — ouvriers, paysans, employés modestes — et à leur rapport au langage, à la culture, et à la représentation de leur propre existence. Elle recouvre à la fois les écrits sur les gens de peu par des auteurs extérieurs, et les écrits des gens de peu par eux-mêmes (lettres, autobiographies, témoignages, carnets, etc.).
Le terme « Gens de peu » vient de la sociologie et de l’histoire sociale. Il est notamment employé par Pierre Sansot (Les gens de peu, 1991) pour désigner ceux qui mènent une vie modeste, souvent invisibilisée par la culture dominante. L’expression est aussi reprise par de nombreux auteurs tels Annie Ernaux, Didier Eribon, Jean-Pierre Le Goff, ou Pierre Bourdieu, qui interrogent la relation entre culture populaire et culture légitime.
Ces œuvres se caractérisent par écriture du réel et du quotidien, dont les textes visent à rendre visibles les vies ordinaires, les gestes, le travail, les espoirs et les humiliations de ceux qu’on entend peu.
Cette approche débute dès le XIXème siècle avec les bouleversements liés à l’industrialisation de la société et des auteurs tels que Louise Michel, Émile Zola, Eugène Le Roy, Louis Guilloux ou Jean-Pierre Le Goff…
Cette parole populaire est le fait également de certains auteurs qui, issus eux-mêmes des milieux populaires, prennent la parole pour raconter leur condition et ce, dès la fin du XIXème siècle. Leurs textes portent une dimension autobiographique, politique et sociologique : écrire, c’est se réapproprier une dignité et une voix. Parmi ces auteurs citons Jules Vallès, Annie Ernaux, Didier Eribon, Edouard Louis…
La question de la langue est centrale car se pose la question du « comment écrire quand on vient d’un monde où la culture lettrée est étrangère », question que se posent de nombreux auteurs qui soulignent le fossé linguistique et symbolique entre les classes populaires et la langue de la littérature.
Ainsi, cette littérature est-elle celle du témoignage et de l’engagement mais aussi une littérature de résistance, que ce soit la résistance à l’effacement social, la résistance à la honte ou encore la résistance à l’exclusion symbolique. Elle s’inscrit aussi dans une démarche politique, au croisement de la sociologie et de la création littéraire. Elle donne la parole aux classes populaires, questionne la légitimité culturelle, mêle témoignage, critique sociale et esthétique du réel et propose une autre manière d’écrire l’histoire collective à travers les vies ordinaires.
Voici une courte liste des auteurs et des ouvrages clés qui illustrent parfaitement ceci :
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Pierre Sansot |
Les Gens de peu (1991) |
Philosophie du quotidien populaire |
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Annie Ernaux |
La Place, Les Années |
Mémoire sociale et filiation de classe |
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Didier Eribon |
Retour à Reims |
Trajectoire sociale et honte de classe |
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Édouard Louis |
En finir avec Eddy Bellegueule |
Violence symbolique et exclusion |
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François Bon |
Paysage fer |
Monde ouvrier et désindustrialisation |
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Jean Rouaud |
Les Champs d’honneur |
Mémoire paysanne et guerre |
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Zola |
Les Rougon-Macquart |
Fresque naturaliste du peuple |
(À suivre)
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Le Vampire Actif sera présent au Salon L'Autre Livre d'Automne de PARIS, accueilli dans les locaux de la Mairie du Vème arrondissement, place du Panthéon, les 21, 22 et 23 novembre prochains.
Ce sera l'occasion de présenter les nouvelles publications de la maison d'éditions.
- de Jacques Brochard, Nuits de feux, un roman de flammes et de lumière qui nous entraîne dans une poésie de l’imaginaire.
- de Lionel-Édouard Martin, Ferpent, soleil par terre, un roman de "Gens de peu", peinture émouvante, tantôt prenante, tantôt pittoresque. Lionel-Édouard Martin est également l'auteur, parmi ses nombreux écrits, de deux autres romans, La Vieille au buisson de roses, et Nativité cinquante et quelques, ainsi que d'un recueil de 140 textes de prose poétique, Brueghel en mes domaines, publiés aux éditions du Vampire Actif,
sans oublier
- de Thierry Fresne, Lettres à l'amant de ma femme, roman épistolaire, histoire d'un universitaire suspicieux qui s'adresse à son rival imaginé, et Seule la poussière ne retourne pas au néant, recueil d'aphorismes. Thierry Fresne est également l'auteur de deux autres romans, Le Journal d'un signet et Cette Nuit qui fut le jour, publiés aux éditions du Vampire Actif.
Ces ouvrages, ainsi que ceux publiés par le Vampire Actif, sont présentés sur le site de la maison d'éditions, https://vampireactif.com
Dédicaces : sur les trois jours du Salon, Jacques Brochard Lionel-Édouard Martin et Thierry Fresne rencontreront leurs lecteurs sur l'espace du Vampire Actif (stand F33) .
A noter : l'affiche du Salon est l'œuvre de François Schuiten. 50 exemplaires de cette estampe, numérotés, sont proposés sur le Salon. Avis aux amateurs !
Chapitre 3
Níkos Kazantzákis (XXe)
Alexis Zorba (1946), l’ode à la liberté
Alexis Zorba raconte l’histoire d’un jeune intellectuel grec qui, tandis qu’il attend le bateau qui l'amènera sur l'île de Crète où il désire exploiter une petite mine de lignite, rencontre Alexis Zorba, un homme libre, enjoué et excentrique qui cherche du travail. Cet original à la soixantaine bien sonnée, est un bon vivant qui a roulé sa bosse.
En plus d'être travailleur et bon cuisinier, Zorba se révèle un excellent conteur, un aède moderne hors paire. Au cours des soirées passées en tête à tête avec le narrateur, il raconte bride par bride ses aventures, celles du coureur de jupon, de sa Macédoine natale jusqu’en en Russie, en passant par Constantinople ; de ses démêlés avec les Bulgares et les Turcs, de ses diverses occupations sur les mers du monde, d'Alexandrie à Alger.
« …De nouveau retentissait en moi, avec le cri des grues, le terrible avertissement que cette vie est unique pour l'homme, qu'il n'y en a pas d'autre et que tout ce dont on peut jouir, c'est ici qu'on en jouira. Il ne nous sera donné, dans l'éternité, aucune autre chance.
Un esprit qui entend cet avis impitoyable, et en même temps si plein de pitié, prend la décision de vaincre ses mesquineries et ses faiblesses, de vaincre la paresse, les grandes espérances vaines et de s'accrocher, tout entier, à chacune des secondes qui fuient à jamais.
De grands exemples remontent dans la mémoire et on voit clairement qu'on n'est qu'un homme perdu, que la vie s'épuise en petites joies, en petites peines et en propos futiles… »
Les deux vont longuement échanger sur les femmes, la Grèce, la vie, la mort et partager quelques petites péripéties comico-tragiques, à propos de la mine ou de Dame Hortense, une ancienne femme de joie, sur le déclin et particulièrement attachante dans le décor enchanteur de la Crête, ses plages de sable blanc, ses figuiers de Barbarie et ses oliviers aux verts mystérieux, envirés par les odeurs de fleurs d'oranger et de thym et par un verre de Santouri dégusté en accompagnant un repas copieux. L'écriture de ce roman est magique sensuelle, évocatrice.
« - Peut-être que je resterai avec toi, ici... fis-je, effrayé par la tendresse farouche de Zorba. Peut-être aussi que je reviendrai avec toi. Je suis libre!
Zorba secoua la tête :
- Non, tu n'es pas libre, dit-il. La corde avec laquelle tu es attaché, est un peu plus longue que celle des autres. C'est tout. Toi, patron, tu as une longue ficelle, tu vas, tu viens, tu crois que tu es libre, mais la ficelle tu ne la coupes pas. Et quand on ne coupe pas la ficelle...
- Je la couperai un jour! dis-je avec défi, car les paroles de Zorba avaient touché en moi une plaie ouverte et j'avais eu mal.
- C'est difficile patron, très difficile. Pour ça, il faut un brin de folie ; de folie, tu entends ? Risquer tout ! Mais toi, tu as un cerveau solide et il viendra à bout de toi. Le cerveau est un épicier, il tient des registres, j'ai payé tant, j'ai encaissé tant, voilà mes bénéfices, voilà mes pertes ! C'est un prudent petit boutiquier; il ne met pas tout en jeu, il garde toujours des réserves. Il ne casse pas la ficelle, non ! il la tient solidement dans sa main, la fripouille. Si elle lui échappe, il est foutu, foutu le pauvre ! Mais si tu ne casses pas la ficelle, dis-moi, quelle saveur peut avoir la vie ? Un goût de camomille, de fade camomille ! Ce n'est pas du rhum qui te fait voir le monde à l'envers ! »
À travers le personnage de Zorba qui incarne une philosophie de vie simple, épicurienne et profondément humaine, Níkos Kazantzákis s’interroge sur les limites entre raison et instinct. Le roman est devenu un symbole de la Grèce, en partie grâce à sa célèbre adaptation cinématographique, Zorba le Grec, sortie en 1964.
« Le vieux monde est palpable, solide, nous le vivons et luttons à chaque instant avec lui, il existe. Le monde de l'avenir n'est pas encore né, il est insaisissable, fluide, fait de la lumière dont sont tissés les rêves, c'est un nuage battu par des vents violents - l'amour, la haine, l'imagination, le hasard, Dieu... »
Vassilis Vassilikos (XXe)
Z (1965), un cri de révolte
Un matin de mai 1963 les murs d'Athènes se couvrent d'innombrables «Z» : le médecin et député de gauche Lambrakis vient d'être assassiné en pleine rue sous l'œil complice de la police. «Z» pour «zei» - il vit - devient le symbole, le cri de révolte du peuple grec.
Les premières pages du roman s'ouvrent sur une conférence qui se tient à Salonique en 1963, où des ministres, haut dignitaires et hommes d'affaires discutent de la situation économique et attendent la visite imminente d'un député socialiste, surnommé tout simplement « Z ». Mais le communisme est ressenti comme une grande menace qu’il faut éradiquer à tout prix. De pauvres bougres, Yangos et Vangos, membres d'une organisation radicale, profitant du chaos d'une manifestation, tuent le député.
Cette action achève le premier tiers du roman.
La suite raconte la fuite des assassins et surtout l'enquête. Deux questions ne vont pas tarder à se poser. Comment se fait-il que la sécurité de « Z » n'ait pas été suffisante et que les responsables du meurtre aient pu s'enfuir ? Le juge d'instruction, qui semble de premier abord inoffensif et incompétent, se révèle acharné à faire la lumière sur la vérité.
« Le juge est jeune, beau, courageux. Espoir de guérison pour la gangrène. Rêve amarré à la jetée. Porte ouverte sur la prison. Sans eau. Sans lumière. Il fouille l'obscur réduit. "J'accomplis mon devoir." Patience. Il travaille. Il tisse la toile dont les marchands vont venir estimer le prix. Il la veut à toute épreuve. Avec deux aiguilles, fourchettes chinoises il compte chaque point, dévide le riz, grain par grain. Chaque geste d'aiguille est bien calculé. Chaque point en relation avec un autre point.
Le juge possède un grand stéthoscope. Il est une lune fouillant le stade quand le match se déroule sous les projecteurs. Des milliers de spectateurs sont pris par le jeu. Lequel d'entre eux a payé les joueurs en leur demandant de mal jouer? Qui a misé une fortune dans leur dos? Le juge examine le cliché cinématographique du crime : il lui faut préciser la nature des taches suspectes. Aucun doute ne doit subsister. »
Les assassins sont facilement retrouvés et plus l’enquête avance, plus l'affaire semble être davantage qu'une simple histoire d'assassinat, ressemblant chaque jour à un complot de grande envergure.
Le récit est alors polyphonique, juxtaposant les voix des politiciens, des simples citoyens qui militent pour une meilleure Grèce, des policiers, des criminels, des juges et des journalistes.
« Mai est un mois cruel. La terre réabsorbe ses fruits. La première floraison et la deuxième sont déjà finies. Maintenant, lourdement, comme des épis, tout retourne à son commencement. Tout est fini. Même la mémoire va se perdre. Elle revivra chez d'autres, nourrie d'un autre sang. »
« Combien d’années me reste-t-il à vivre? Peu importe, Dans cette terre qui t’a recouvert, je dépose tout mon amour. Dans cette terre, pour un nouveau printemps, pour que refleurisse les fleurs du mois de mai. »
Ce texte peut être classé dans le genre du roman policier sociale et politique car il dénonce, preuves à l’appui, la corruption qui a gangréné le gouvernement et les hommes de pouvoir grecs, installant une dictature (dites des colonels) dans les années 60 et 70.
Vassili Vassilikos, en s’appuyant sur l'étude des minutes du procès a permis, à travers l'autopsie d'un meurtre politique, d’ausculter les mécanismes universels des dictatures qui emprisonnent, exilent et torturent, qui font d'un homme un assassin et d'une caste, ses complices. Car ce fait divers qui fit scandale mit en évidence la culpabilité du gouvernement et notamment de l'armée et de la police. Ce roman a été immortalisé par l'adaptation cinématographique éponyme de Costa Gavras, avec dans les principaux rôles, Yves Montand et Jean-Louis Trintignant.
Aris Fakinos
Les enfants d’Ulysse (1989)
Grèce 1940 : les Allemands occupent les cités millénaires les plus prestigieuses de l'histoire des civilisations, Delphes, Mycènes, Sparte, Ithaque et le drapeau à croix gammée flotte sur l'Acropole d'Athènes. La résistance s’organise et des combattants sortent de l'ombre en héros légendaires au secours du combat des vivants. C’est ainsi que se dresse un gigantesque cheval de bois recélant dans ses flancs un illustre commando rescapé de l'Iliade ! Des enfants, parmi lesquels le narrateur lui-même, participent à l'épopée, bientôt aidés par d'autres personnages admirables notamment Antonis, le vieux menuisier aux mains d’or et aux savoirs visionnaires et Athéna, la belle et farouche résistante.
« L'influence qu'elle exerçait sur moi grandissait de jour en jour, son charme jetait en moi des racines de plus en plus profondes. Tandis qu'elle se démenait pour remettre en état son jardin si longtemps délaissé, j'observais ses belles mains industrieuses, j'admirais leurs doigts fins et habiles - je savais qu'elles avaient tenu pistolets, fusils, mitraillettes, que du sang avait coulé sur elles ; et voilà qu'à présent elles plantaient du jasmin et du chèvrefeuille, soignaient des jacinthes, je les voyais tantôt couvertes de terre, tantôt saupoudrées du pollen des fleurs.
Elle ne ressemblait en rien à mes pauvres camarades de classe, pour la plupart malingres, décharnées, osseuses. Dans son enfance, elle ne s'était pas nourrie d'épluchures, d'herbes sauvages et de pain moisi, on ne lui avait pas donné d'os à lécher. Son corps à elle avait été semé en des temps heureux, il s'était épanoui à loisir avant d'être rongé par les privations, par les famines. Athéna m'apparaissait comme le dernier échantillon vivant d'un monde lointain et oublié - je n'aurais pas été surpris d'apprendre qu'elle était tombé là d'une étoile inaccessible. »
Aris Fakinos prolonge la transposition de l’épopée homérique de l'occupation allemande à la guerre civile.
« À cause de moi, une fin tragique et sans gloire attendait Ulysse et ses compagnons cette poignée de Danaens qui risquaient de connaître mon sort, de subir mes épreuves, qui sans l'avoir voulu, sans même le soupçonner, avaient leur vie liée à la mienne.
Je les imaginais déjà tous fin prêts, en position de combat, avec leurs cuirasses et leurs casques antiques, avec leurs armes . En quelques secondes, ils avaient oublié leur détresse et leur désarroi, rien dans leur attitude ne rappelait les hommes découragés qui se traînaient tout récemment encore dans l'intérieur négligé du cheval, qui se lamentaient sur leur destinée. En un clin d'œil, ils avaient retrouvé leur vaillance d'antan, ils étaient redevenus les farouches et invincibles Achéens que j'aimais et admirais dans mon enfance, les guerriers intrépides qui avaient tant de fois animé mes rêves d'adolescent. Quoi qu'il arrivât, si les Troyens découvraient leur ruse, ils ne jetteraient pas leurs boucliers, ils ne se rendraient pas sans combattre, ils vendraient cher leur peau. »
Ce roman à la fois sobre, tendre et fort, réussit magistralement la rencontre du mythe d’Ulysse et du réel.
Dimitris Stephanakis (XXIe)
Un été grec avec Camus (2009),
« Des visages qui résistent, c'est finalement cela l'été. »
L’été c’est une envie d'ailleurs, une lecture marquante, une rencontre décisive c’est aussi se rêver être que l’on voudrait être au fond, c’est modifier notre réalité. Et Un été grec avec Camus c’est cet incroyable réalisé. Albert Camus revenant le temps d’un été dans les Cyclades, à Mykonos, sa belle, sa splendide île adorée vibrante sous le soleil témoin de ses orgies (L’Enfer de Dante ?).
« Mykonos résiste avec grandeur et fermeté, soigne sa beauté et la promet à une minorité d'esthètes. Nous qui avons eu la chance de la connaître dans les années 50, savons où la chercher. Au milieu de ce babelisme embrouillé, on peut discerner l'idiome local, pur, authentique, véritable émanation homérique qui a échappé au temps. »
Ariane, jeune journaliste férue d’Albert Camus, vit cela et tombe sous son charme. Elle souhaite le voir finir son roman inachevé Le premier homme. Elle le questionne, interroge sa vie, ses pensées et progressivement, une relation se noue entre elle et l'écrivain, augmentant encore la complicité qu'en tant que lecteur on ressent.
« Tant de précipitation pour mêler et échanger les corps, personnages avares de sentiments, spéculateurs de passions. Est-ce moi qui parle ainsi, moi qui m'adonne - non sans remords - à ce genre de débauche ? ».
Car au paradis l'amour est la grâce des dieux et l'écrivain laisse place à l'homme qui ne vit que pour l’instant présent…Quitte à se perdre dans le fond bleu turquoise…
« Si vous voulez, mon avis, les hommes sont condamnés à désirer. »
Ce livre est un hommage à Albert Camus et au-delà à la tendresse. Albert Camus se révèle profondément humain, imparfait et riches des aspérités propres à l’être vivant, grand séducteur et éternel adolescent. Il y a quelque chose de doux et de sensuel dans cette parenthèse d'été : les jeux de lumières, de séductions, de panoramas, des vagues caressantes.
« Les gens ont besoin de mensonges, c'est pourquoi ils acceptent de prendre le temps de lire les aberrations des écrivains.(…) Et le pire, c'est que toute cette schizophrénie est considérée comme une forme supérieure d'art.»
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Le Salon L'Autre Livre de l'Automne ouvrira ses portes au Palais de la Femme (75019) les 8, 9 et 10 novembre prochain.
Le Vampire Actif occupera le stand A1, A2 et présentera le nouvel opus de Thierry Fresne, "Seule la poussière ne retourne pas au néant", recueil de pensées en liberté.
Thierry Fresne dédicacera tous les après-midi ses quatre ouvrages* publiés au Vampire Actif, parmi lesquels Le Journal d'un signet qui connaît un fort succès et paraît aux éditions J'ai lu ces jours-ci sous le titre "Le Journal d'un marque-page".
L'illustrateur des marque-pages, Marc Bergère, sera également présent avec ses plumes et ses encres pour embellir les ouvrages choisis par les visiteurs lecteurs que l'on espère rencontrer nombreux.
* Les Journal d'un signet ; Cette nuit qui fut le jour ; Lettres à l'amant de ma femme ; Seule la poussière ne retourne pas au néant.
Les visiteurs auront également l'occasion de découvrir la merveilleuse histoire du Renardeau écervelé,
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délicatement illustrée par l'artiste reconnue, Brigitte Coudrain.
Ce conte met en scène un renardeau étourdi qui ne pense qu'à batifoler, s'amuser et s'étonner des curiosités de son monde et oublie de se nourrir... Ce texte adressé par Georges Coudrain à sa fille, est présenté en quatre langues (français, anglais, allemand et latin) pour permettre d'apprendre tout en s'amusant.