1ere-de-couv_Nativite-Voilà un livre rare et beau. Rare par son thème et sa langue. Beau par sa présentation. Une couverture bleu nuit étoilée et un arbre éclairé comme par la lune.
Cet arbre ressemble aussi à des algues sous-marines.

Ciel et profondeurs donc.

Et c’est bien tout le charme et l’étrangeté de ce récit que de se présenter apparemment comme une histoire de village avec ses personnages typiques : le boulanger (Jean Dieu), le rebouteux (Maît’ Louis), la tante et sa famille (ma Filleule, mon Filleul, leur bébé). Un village qui s’appelle Villemort et ce nom résonne comme un funeste avertissement.

Maît’ Louis attend des visiteurs. Il ne sait pas qui ils sont, mais ils vont venir. Il le sent « dans sa vieille carcasse ». Le lecteur mis en alerte par le titre pense aux rois mages, à la Nativité. Parce qu’il neige. Parce que c’est bientôt Noël. Mais ils viendront « avec une grande souffrance. »

Pour guider ces mystérieux voyageurs, avec l’aide du boulanger, le rebouteux installe une guirlande lumineuse dans son grand marronnier. Quarante mètres de fil de cuivre. Des douilles en céramique : « ça fait penser à des œufs sur de la paille, à des coquilles d’huîtres après qu’on a mangé la bête et ce qui reste c’est dans la bourriche la coquille de nacre ».

Les visiteurs ne seront pas ceux à qui il pense. Il ne faut pas révéler le dénouement qui est comme une nativité à l’envers. Tragique et poignante.

J’ai beaucoup d’admiration pour ce texte. Pour la force d’imagination qu’il révèle. Pour son caractère suggestif et poétique. Pour son style surtout. Sensuel, inventif, souvent proche de l’expression orale. Avec des variations de rythmes. On entendrait presque un accent local.
Ce style rappelle celui de Ramuz. A la recherche du mot juste, au plus près des choses. Ainsi : « L’enfant n’est pas plus gros [qu’un pain]. Même peut-être il est plus petit. Un enfant. Un demi-pain. On a comme ça de ces équivalences. »

Merveilleux livre découvert grâce à la Voie des Indés et aux éditions du Vampire Actif dont le credo est qu’un livre n’existe pas sans un lecteur, être de chair et de sang, dont il se nourrit pour vivre. Est-ce le livre ou le lecteur qui devient « œuvre vivante » ? Sans doute les deux.

Source de la critique ici.